
es autorités britanniques ont donné, mercredi 5
septembre, leur accord de principe à la création controversée d'embryons hybrides réalisés à partir d'ADN humain et animal, pour faire avancer la recherche sur les affections
dégénératives. Cette décision permet de pallier le manque d'ovocytes humains destinés au clonage d'embryons à des fins thérapeutiques, permis en Grande-Bretagne mais pas en
France.
Les embryons hybrides sont créés à partir de l'ovule d'un animal, en remplaçant l'ADN de son noyau par des chromosomes humains. L'Autorité britannique pour la fertilité humaine
et l'embryologie (
Human Fertilisation and Embryology Authority - HFEA) a seulement autorisé l'étude des embryons
"hybrides cytoplasmiques", dont le matériel
génétique est à 99,9 % humain et 0,1 % animal.
Les scientifiques espèrent prélever sur les embryons ainsi créés – qui doivent être détruits dans les quatorze jours et ne peuvent être implantés dans l'utérus d'une femme –
des cellules souches qui pourraient représenter une percée dans le traitement de maladies dégénératives, comme Parkinson ou Alzheimer.
UN TYPE DE RECHERCHE INTERDIT AUX ÉTATS-UNIS ET EN AUSTRALIE
La HFEA examinera chaque demande d'autorisation individuellement. Une commission ad hoc évaluera en novembre les requêtes déjà déposées par deux équipes de chercheurs
britanniques : les scientifiques du King's College avaient annoncé début 2006 leur intention de cloner des embryons à partir d'ovules de lapines, comme l'avait déjà réalisé
une équipe chinoise en 2003 ; les experts de Newcastle voulaient lancer une recherche semblable, mais à base d'ovules de vaches.
Des travaux similaires ont été effectués dans d'autres pays, mais la Grande-Bretagne serait la première à autoriser formellement ce type de recherches, selon un porte-parole
de la HFEA.
Le gouvernement britannique avait présenté en mai un projet de loi permettant ce type de "transfert nucléaire" (transfert de noyau) en vue de créer des embryons
hybrides, mais le Parlement n'a pas encore statué sur la question. La plupart des grands pays n'ont pas non plus légiféré sur ces recherches, à l'exception des Etats-Unis et
de l'Australie, qui les ont interdites.
Cette annonce a, sans surprise, suscité une vive réaction du Vatican. Mgr Elio Sgreccia, président de l'Académie pontificale pour la vie, l'a qualifiée "d'acte
monstrueux dirigé contre la dignité humaine" sur les ondes de Radio-Vatican, estimant qu'il est "nécessaire que la communauté scientifique se mobilise le plus
rapidement possible. Nous pensons que le gouvernement britannique a cédé face aux requêtes, certainement immorales, d'un groupe de scientifiques".
Interrogé sur la BBC, le Dr Lyle Armstrong, chercheur à l'université de Newcastle s'est voulu rassurant : "Il n'est pas dans notre intention de donner naissance à un
quelconque hybride bizarre entre l'homme et la vache. Nous voulons utiliser ces cellules
afin de mieux comprendre les cellules souches".