Parkinson : la recherche passe par Nantes
L'association France-Parkinson s'implante en Loire-Atlantique, un département où la recherche sur la maladie est intense.
Rien n'irrite plus les familles de malades que la vision réductrice du grand public : « Pour beaucoup, le parkinsonien est une personne âgée qui
tremble », résume Anne Bodin, déléguée départementale et animatrice régionale de l'Association France-Parkinson (FP).
Le professeur Philippe Damier, chef du service de neurologie du CHU de Nantes et membre du conseil scientifique de FP, précise : « Chez
10 % des parkinsoniens, la maladie se déclare avant l'âge de 40 ans. Le plus souvent, les premiers symptômes apparaissent vers 55-60 ans, chez des gens en pleine activité
professionnelle et sociale. » L'idée reçue d'une « maladie de vieux » retarde parfois le diagnostic.
Gilles Raudeau, qui avait dépassé la cinquantaine, a attendu cinq années avant que l'on explique sa lenteur, sa « perte d'envie de faire les
choses », ses écoulements de salive la nuit : « Mon médecin était persuadé que je faisais une
dépression. »
Une fois la maladie identifiée, le traitement consiste à pallier la mort des neurones producteurs de dopamines (Ouest-France du 11 avril). Car, aujourd'hui, on ne sait ni
remplacer les cellules mortes ni stopper l'évolution de la maladie. On ne peut qu'en combattre les effets. « Quand on arrive aux limites de l'action de ces
molécules chimiques, on peut, dans certains cas, évoquer une intervention chirurgicale », commente Philippe Damier.
La mise en place de la neurostimulation du cerveau, à l'aide d'électrodes alimentées par une sorte de pacemaker, reste réservée à 5 % à 10 % des patients. Non dépourvue de risques,
elle donne d'excellents résultats : « Après l'opération, j'ai retrouvé une vie de jeune homme », témoigne le docteur des Graviers, qui en a bénéficié à l'âge de
60 ans.
Une longue recherche
D'autres pistes sont explorées dans le monde entier ¯ et notamment, à Nantes ¯ où plusieurs essais cliniques sont en cours ou en préparation. On teste, par exemple, l'efficacité de
médicaments conçus pour combattre d'autres pathologies que la maladie de Parkinson. On cherche à limiter les effets secondaires des molécules actuelles. On peaufine de nouveaux remèdes capables
de lutter contre les troubles associés : lenteur, manque de motivation, perte d'équilibre.
On s'efforce de différencier des cellules souches destinées à devenir des neurones à dopamine et que l'on greffera sur les patients. On prépare une expérience de thérapie génique, pour
réintroduire dans le cerveau un facteur de croissance susceptible de faire « repousser » les neurones.
Dans les labos nantais de l'Inserm, on cherche, avec la « complicité » de rats transgéniques, à comprendre pourquoi la maladie apparaît et comment elle évolue. Et l'on sonde, même, le
« cerveau » du tube digestif. Ses cellules nerveuses pourraient permettre de déceler, très tôt, l'apparition de la maladie, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies
thérapeutiques.
« Il faudra encore de longues années de recherche avant que des applications sur l'homme soient possibles », prévient le professeur
Damier.
André FOUQUET.
Association France Parkinson, 41, rue du Général-Lanrezac, 44000 Nantes, tél. 02 53 45 75 95.
Ouest-France