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Dépression et Maladie de Parkinson
Par le Docteur L. AUTRET, Psychiatre,
Pour l'Association des Parkinsoniens du Finistère.
Samedi 23 septembre 2006,
Châteaulin, salle du Juvenat.
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
Table des matières
Introduction........................................................................................................3
1 La dépression...................................................................................................3
1.1 Chiffres......................................................................................................3
1.2 Définition...................................................................................................4
1.3 Symptômes................................................................................................5
1.3.1 Signes psychiques : la pensée, les émotions, les sentiments.............6
1.3.2 Signes physiques : le corps aussi.......................................................6
1.3.3 Le comportement : ce qui est le plus visible......................................6
2 Bref rappel concernant la Maladie de Parkinson............................................7
3 Comment la dépression vient-elle s'ajouter à la Maladie de Parkinson ?........8
3.1 Hypothèse biologique : la dérégulation dopaminergique.........................8
3.2 Hypothèse iatrogénique : l'effet des médicaments sur le cerveau...........9
3.3 Hypothèse du vieillissement : lorsque la maladie apparaît chez un sujet
d'un certain âge...............................................................................................9
3.4 Hypothèse du vécu de la maladie et du handicap.....................................9
4 La difficulté de diagnostic de la dépression chez le malade parkinsonien....10
5 La dépression est fréquente chez les malades parkinsoniens.......................11
6 Quelles sont les influences d'une maladie sur l'autre ?.................................12
6.1 La dépression aggrave-t-elle la Maladie de Parkinson ?.........................12
6.2 L'évolution de la Maladie de Parkinson aggrave-t-elle la dépression ?. .12
6.3 Certains aspects de la Maladie de Parkinson augmentent-ils le risque de
développer une dépression ?.........................................................................12
7 Le traitement de la dépression chez le malade parkinsonien.......................13
7.1 Les médicaments antidépresseurs..........................................................13
7.2 Les traitements antiparkinsoniens..........................................................15
7.3 Le soutien psychologique........................................................................16
8 Comment aider le malade dépressif ?............................................................16
8.1 L'entourage en difficulté.........................................................................16
8.2 D'abord « repérer » la dépression..........................................................17
8.3 Ensuite aborder le sujet avec le malade.................................................17
8.4 Au quotidien, comment l'aider ?.............................................................18
Conclusion.........................................................................................................19
Docteur Laurence AUTRET 2
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
Introduction
C'est avec plaisir que je vous présente aujourd'hui le thème « Dépression et
Maladie de Parkinson ». Mon objectif est avant tout de faire comprendre ce
qu'est la dépression, car il y a à son sujet beaucoup d'idées reçues qui font
qu'elle est mal perçue et pas assez prise en considération. Vous constaterez au
cours de cette conférence que la dépression nous concerne tous, et pas
seulement le malade atteint de Maladie de Parkinson. Néanmoins, lorsque la
dépression se rajoute à la maladie, la situation devient plus compliquée. Je
souhaite qu'à l'issue de cet exposé, vous sachiez repérer certains signes
d'alerte, et comment y faire face.
1 La dépression
1.1 Chiffres
1NB : difficile de donner des chiffres fiables, car tout dépend des critères
retenus et de la population étudiée.
●
différentes formes de dépression ;
20 à 30% de la population est touchée au cours de sa vie sous●
●
nombre de dépressifs augmente : 12% des personnes de plus de 65 ans
ont des symptômes dépressifs ;
70% des déprimés ont moins de 45 ans, mais plus on vieillit, plus le●
difficultés diagnostiques de certaines formes).
Tout le monde ne connaît pas la dépression dans son tableau complet.
Certaines personnes ont plus de risques que d'autres : facteur génétiques,
antécédents familiaux, avoir déjà eu un épisode dépressif, mode de vie,
maladies associées mentales ou physiques, événements douloureux, entourage
absent...
La dépression peut survenir au cours d'une
1/3 des cas; parfois, elle est le premier signe, avant-coureur, d'une
décompensation physique
2/3 des déprimés ne sont pas correctement soignés (non accès au soins,maladie autre que mentale dans2. C'est le cas dans la Maladie de Parkinson.1 Olié JP, Poirier MF, Lôo H, les maladies dépressives, Médecine-Sciences Flammarion, Paris,
2003 (principale source)
2 Par exemple : hypo/hyperthyroïdie, insuffisance hypophysaire, maladie d'Addison ou de
Cushing, diabète, hypercalcémie, hypokaliémie, troubles nutritionnels, addictions, hépatite,
cirrhose, SIDA, tuberculose, diverses maladies infectieuses, cardiopathies,AVC, trauma
crânien, SEP, maladie de Wilson, démences, cancers, maladie auto-immune...
Docteur Laurence AUTRET 3
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
1.2 Définition
La dépression est définie en psychiatrie comme un trouble de l'humeur.
L'
« osciller de la joie la plus extrême à la tristesse la plus douloureuse ».
C'est en fait un état d'esprit, qui va influer sur la manière dont nous allons
percevoir et interpréter les événements. Les expressions populaires comme
« être de bonne humeur » ou de « mauvaise humeur » traduisent bien cette
idée : selon que l'on est d'une humeur, ou d'une autre, on va « prendre les
choses » différemment, soit de façon légère et confiante, soit de façon grave
et irritante. On compare souvent l'humeur à une échelle de couleurs qui figure
une palette d'émotions de base, sur laquelle on pourrait représenter un
curseur indiquant l'état dans lequel notre esprit est disposé. On compare aussi
l'humeur à un prisme à travers lequel notre esprit perçoit le monde : on voit
« la vie en rose » ou bien « on broie du noir ».
La «
de l'humeur, qui va mettre du « gris » dans notre vie. L'humeur dépressive fait
que notre esprit va sélectionner dans le monde tout ce qui va dans le sens
d'une interprétation triste et vaine de la vie, obsédée par le néant.
Il nous arrive tous d'avoir des
nous l'impose. 1/3 de nos pensées seraient négatives. Mais la plupart de nos
pensées se focalisent sur ce qui va bien et si l'on bute sur un problème, on
passe à autre chose en se disant qu'on finira bien par trouver une solution ou
par s'en accommoder.
Avoir des
humeur est « une disposition affective de base » (Delay), qui nous faitdépression », un peu comme au sens météorologique, est un « creux »pensées négatives, et c'est utile, car la réalitéidées noires est normal, surtout à des moments cruciaux de la vie :●
termine trop tôt, tout ce qui impose un arrêt à notre élan : la disparition
d'une personne qui accompagnait notre vie, la maladie ou l'accident qui
vient mettre un terme à un projet, l'échec à un examen décisif pour
notre carrière, un licenciement...
Ceux qui nous font approcher la finitude, c'est-à-dire tout ce qui se●
désirs : se démener pour une cause et s'apercevoir que cela n'a servi à
rien, être débordé de responsabilités et sentir qu'on ne va pas y arriver
correctement...
«
dépression, selon moi.
Dans ce « à quoi bon ? », il y a deux questions :
Ceux qui nous font sentir notre impuissance, la vanité (le vide) de nosA quoi bon ? » est peut-être l'interrogation fondamentale dans la●
●
désirs, de nos actes.
« A quoi ça sert de vivre si c'est pour souffrir comme ça, pour être abandonné,
et finalement mourir?»
La confrontation à la mort est le thème central de la dépression. Ce qui n'est
Une interrogation sur le sens de la vie, l'utilité de nos êtres, de nosDocteur Laurence AUTRET 4
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
plus, ce qui ne sera plus jamais nous donne le vertige du néant, et nous oblige
à regarder ce qui fût, ce qui a été et à s'apercevoir d'une forme d'illusion.
question de la mort pose la question de la vie
quelque chose meurt déjà en nous, mais avons-nous su vivre ?
La dépression pose finalement des questions existentielles fondamentales qui
sont abordées dans les mythes, les religions et les philosophies.
S'interroger sur le sens de la vie, sur nos croyances concernant la mort, sur
l'amour que nous donnons et recevons, est une activité normale et nécessaire
de notre pensée. Cette confrontation est parfois douloureuse. Mais ce n'est
pas de la dépression.
Il y a une humeur dépressive lorsqu'à toutes ses questions, notre esprit trouve
des réponses, qui sont toujours les mêmes, qui vont
mal
Lorsqu'il y a vraiment une
« syndrome dépressif », ce phénomène :
La: nous allons mourir,toutes dans le sens du, de l'inutile, du désespoir.dépression, ce que le psychiatre appelle un●
douloureuse ;
dure dans le temps, ne se limite pas à une réaction à une situation●
notre être, notre discours, nos attitudes ;
ne concerne pas que nos pensées et nos réflexions, il imprègne tout●
raisonner ou à trouver des idées alternatives : le mode de pensée est
toujours le même, sans nuance.
Après ces explications, j'espère que vous comprenez bien que la dépression,
ce n'est pas la même chose que:
se détache de notre esprit critique, de notre volonté, de notre capacité à●
●
●
●
●
●
1.3 Symptômes
C'est
corps, son attitude.
Des symptômes dépressifs peuvent exister chez chacun d'entre nous. Ce qui
fait que l'on va parler de « syndrome dépressif », c'est :
toute la personne qui est atteinte, son mode de penser le monde, son●
●
●
Docteur Laurence AUTRET 5
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
1.3.1 Signes psychiques : la pensée, les émotions, les
sentiments
●
mesure pour le patient. Le prisme émotionnel qui fait voir les
événements est noir. Tout est perçu sous l'aspect de l'échec, de
l'impuissance, du désespoir, du médiocre. Son installation est souvent
insidieuse : une morosité s'installe sans que l'on en ait encore
conscience.
La souffrance morale est une expérience nouvelle, sans commune●
suicidaires.
Il y a un risque d' « idées noires », fatalistes et pessimistes, et d'idées●
est douloureux, tout fait mal, tout est pénible. La personne en ressent de
la
même nuisible.
Une hypersensibilité émotionnelle apparaît. Le contact avec le mondeculpabilité, voire de la honte, finit par se sentir un fardeau inutile ou●
perte d' « élan vital »
.●
degrés de gravité des contrariétés vécues, la personne a l'impression
« de ne plus y arriver ».
Les soucis deviennent prédominants, sans capacité à hiérarchiser les●
travers, et que les autres ne lui facilitent pas la tâche ». C'est ce que l'on
appelle la
La personne perd confiance en elle, elle estime qu' « elle fait tout dedévalorisation, la personne se sent « bonne à rien ».●
pouvoir gérer.
L'angoisse est cette tension permanente, un sentiment de ne pas●
beaucoup de difficultés pour
La pensée ne fonctionne plus de la même façon : la personne ase concentrer1.3.2 Signes physiques : le corps aussi
●
figé, fatigabilité ;
Ralentissement psychomoteur : raréfaction des mouvements, visage●
fatigue, boule dans la gorge) ;
Perte de poids avec difficultés pour manger (pas faim, pas de goût,●
nuit, même si la personne a tendance à rester au lit, le repos n'est pas
réparateur ;
Sommeil perturbé : difficile de s'endormir, cauchemars, réveils dans la●
●
(problèmes urinaires, digestifs, gynécologiques, cardio-vasculaires,
musculaires...).
Douleurs ou gênes physiques : tout le corps peut se manifester1.3.3 Le comportement : ce qui est le plus visible
●
ex. : elle ne supporte plus les images du journal télévisé, la vision de
toute forme de souffrance, elle pleure sans raison.
La personne a des réactions émotionnelles disproportionnées, par●
spontanément, habituellement, sans effort ou avec satisfaction : elle
La personne n'a « plus de goût » à faire les choses qu'elle faisait avant« laisse tout tomber »
.Docteur Laurence AUTRET 6
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
●
tout devient compliqué
hésite, se renferme, change d'avis, refuse de participer aux grands
événements familiaux comme à toute activité supposée simple et
agréable (ne veut pas aller au mariage de son fils, ne veut pas aller se
promener par ex.).
, aucune décision ne lui est possible, elle●
bruit, trouve les bavardages futiles.
Elle s'irrite contre elle-même et contre les autres, ne supporte plus le●
●
dit, n'arrive pas à suivre une histoire.
On dirait qu'elle a la« tête ailleurs », ne fait pas attention à ce qu'on lui●
l'abandon, le préjudice, la culpabilité ; même dans les « bonnes »
nouvelles comme une naissance par ex.
Dans tout ce qui se passe, elle ne perçoit que du négatif, ce qui évoque●
de chez elle, à faire ses activités, même
s'habiller, faire un repas...).
Elle n'a plus d'initiative, peut même avoir des difficultés à sortir du lit oule « minimum » (se laver,●
quoi dire.
La personne parle moins, trouve moins facilement ses mots, ne sait pas●
alcoolisations, violence, tendance à se faire du mal par tout moyen
(ruptures avec des proches, prises de risques, gestes suicidaires).
Le comportement peut changer de façon importante et grave :2 Bref rappel concernant la Maladie de Parkinson
La Maladie de Parkinson est une maladie du cerveau qui évolue dans le temps.
Elle touche près de 6,3 millions de personnes dans le monde. En France, près
de 130 000 personnes sont atteintes. Chaque année, 10 000 nouveaux
diagnostics ont lieu. La maladie toucherait plus d'hommes que de femmes (3
pour 2). L'âge moyen du diagnostic est de 55 ans. Plus de 70 % des malades
ont entre 60 et 80 ans.
La cause de la Maladie de Parkinson demeure inconnue dans la plupart des
cas. Elle se manifeste par la disparition prématurée, lente et progressive, d'un
petit nombre de cellules nerveuses qui sécrètent la dopamine. Cette dopamine
est un neurotransmetteur très répandu dans le cerveau et impliqué dans la
survie de ses cellules.
Les cellules qui disparaissent dans la Maladie de Parkinson sont localisées
dans une région du cerveau appelée « substance noire ». Leur disparition
réduit au fur et à mesure la sécrétion de dopamine, déséquilibrant ainsi de
nombreux circuits neuronaux qui en dépendent, dans différentes activités
cérébrales, comme l'initiative des actes, le contrôle des gestes, l'analyse des
informations reçues, la régulation du système neurovégétatif, etc.
Docteur Laurence AUTRET 7
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
3 Comment la dépression vient-elle s'ajouter à la
Maladie de Parkinson ?
Plusieurs raisons sont possibles et interagissent chez un même patient. Les
troubles psychiques sont la résultante d'une combinaison complexe entre les
caractéristiques génétiques d'une personne, influencées dans leur expression
par des facteurs environnementaux, et une succession de lésions cérébrales.
3.1 Hypothèse biologique : la dérégulation
dopaminergique
La neurobiologie de la dépression a été découverte dans les années 50.
Plusieurs molécules sont en cause, comme la sérotonine et la noradrénaline
(lorsque leur transmission baisse, le moral baisse et inversement), mais aussi
dopamine, acétylcholine, GABA (en excès), hormones hypothalamohypophysaires,
molécules du système immunitaire...
Les mécanismes sont complexes et se résument en la notion de
désorganisation des rapports réciproques entre les différents systèmes du
cerveau, avec un
désorganisation rend plus vulnérable, et des facteurs de variation de plus en
plus minimes suffisent pour décompenser l'ensemble.
Dans la dépression, les trois systèmes sérotonine-noradrénaline-dopamine
évoluent ensemble. La plupart des molécules antidépressives utilisées de nos
jours agissent sur la neurotransmission de l'une ou plusieurs de ces
substances.
Concernant la dopamine, les résultats sont controversés et dépendent non
seulement de la neurotransmission dopaminergique, mais aussi du circuit
neuronal touché par la dysrégulation.
Globalement et très schématiquement, une
phénomène d'embrasement (kindling) : chaquehypo-activité dopaminergiqueexiste dans la dépression. Comme dans la Maladie de Parkinson, elle affecte
les noyaux de la base et le cortex frontal.
3De plus, dans la dépression, certaines
d'autres régressent, comme l'hippocampe, le cortex frontal et les structures
de la base qui sont moins irrigués, ce qui nous rapproche encore des
problèmes observés dans la Maladie de Parkinson...
Ce sont ces similitudes dans les circuits neurologiques touchés qui expliquent
que les signes dépressifs puissent accompagner,
parkinsoniens dans la maladie.
Entendons-nous bien : ce seraient les changements anatomiques et
biologiques propres à la Maladie de Parkinson qui provoquent un certain
nombre de signes cliniques, dont les premiers visibles sont parfois ceux d'une
structures cérébrales grossissent,voire précéder les signes3 Combating Depression in Parkinson's Disease ; Matthew Menza, M.D.Robert Wood Johnson
Medical School,New Brunswick, New Jersey
Docteur Laurence AUTRET 8
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
dépression. On ne peut pas dire qu'une dépression amène une Maladie de
Parkinson dans son sillage, mais bien l'inverse : la Maladie de Parkinson en
développement, peut s'annoncer par une première dysrégulation neurologique
qui va s'exprimer comme une dépression.
Certaines études ont retrouvé dans les facteurs de risque de développer la
Maladie de Parkinson (à long terme) le fait d'avoir des antécédents de
dépression.
4La dépression peut aussi survenir plus tard dans la Maladie de Parkinson, en
raison des causes suivantes.
3.2 Hypothèse iatrogénique : l'effet des médicaments
sur le cerveau
Certains médicaments comme la L-Dopa et d'autres médicaments prescrits
pour d'autres maladies associées ont un effet dépressogène
5.3.3 Hypothèse du vieillissement : lorsque la maladie
apparaît chez un sujet d'un certain âge
L'évolution de la vie fait que des événements difficiles à surmonter vont
toucher le malade parkinsonien, comme les autres. Ces événements
s'accumulent au fil de l'âge : confrontation au vieillissement, à l'isolement, au
veuvage, aux maladies, qui, bien que « prévisibles », n'en sont pas plus
tolérables pour autant.
3.4 Hypothèse du vécu de la maladie et du handicap
La Maladie de Parkinson est handicapante et évolutive. Plusieurs événements
sont comme des « crans d'arrêt » qui bouleversent le projet de vie et
marquent la fin d'une époque :
●
●
●
lendemain pas),
les fluctuations pénibles des symptômes parkinsoniens (un jour ça va, le●
●
incontinence par ex),
les symptômes pouvant constituer une gêne sociale (dyskinésies,●
●
4 Le traitement de la dépression dans la maladie de Parkinson. Mallet L.., Allart E.,
Pharmactuel 2004 ; 37 : 2 ; 83-89
5 Analgésiques : indometacine, morphine, codéine, mépéridine, pentazocine, propoxyphène ;
Antihypertenseurs : Bêtabloquants, clonidine, alphamethyldopa, réserpine, guanéthidine ;
Antiparkinsoniens : L-dopa ; Neuroleptiques: Butyrophénones, phénothiazines ;
Anticancéreux : Tamoxifène, vincristine, vinblastine ; OEstrogènes ;
Antituberculeux : Cimétidine ; Agents hypoglycémiants ; Stéroïdes (corticoïdes)
Docteur Laurence AUTRET 9
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
Le handicap perçu de l'extérieur n'est cependant pas comparable au handicap
ressenti par la personne.
Certaines phases sont plus difficiles : l'annonce du diagnostic, les phases
d'aggravation, l'adaptation du traitement, la survenue de conséquences
visibles sur la capacité à travailler ou à assurer son rôle dans la famille.
4 La difficulté de diagnostic de la dépression chez
le malade parkinsonien
Certains symptômes sont présents en
dans la Maladie de Parkinson : (sont notés entre parenthèse le pourcentage de
patients parkinsoniens atteints)
commun dans la dépression comme●
●
●
●
●
●
performance de la pensée pour la construction dans l'espace
difficultés de concentration, troubles de la mémoire, moindre●
●
●
●
●
●
●
●
●
●
●
●
De ce fait, les symptômes parkinsoniens peuvent masquer une dépression qui
passe plus ou moins inaperçue parce que l'on va attribuer ces signes à la
Maladie de Parkinson. Des études ont essayé de trouver les signes les plus
« parlants » (pathognomoniques) pour établir le diagnostic de dépression en
cas de Maladie de Parkinson :
C'est bien l'humeur dépressive qui sera le critère le plus pertinent pour
crampes, douleurs musculaires, vertigesdiagnostiquer
Maladie de Parkinson plutôt qu'à la dépression.
Le
certains signes comme l'inhibition, les modifications du caractère
(entêtement, anesthésie affective), l'anxiété, l'ennui, les idées de suicide
fréquentes. Le ralentissement et l'apathie (mélange d'indifférence et d'inertie)
sont prédominants dans certaines formes, et traduiraient une atteint frontale,
la dépression. Les signes physiques sont en général dus à latableau est le plus souvent (80%) incomplet, avec prédominance deDocteur Laurence AUTRET 10
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
sensible aux traitements antiparkinsoniens
Pour prendre en compte la
répertorier tous les signes, sans préjuger qu'ils sont attribuables à l'un ou à
l'autre des syndromes.
le cas de la Maladie de Parkinson pour évaluer la dépression.
6.sévérité d'un épisode dépressif, il vaut mieux7 Les échelles MADRS et de Beck ont été validées dans85 La dépression est fréquente chez les malades
parkinsoniens
Toutes les personnes atteintes de la Maladie de Parkinson ne seront pas
systématiquement dépressives.
Les personnes atteintes de la Maladie de Parkinson sont cependant plus
sujettes à vivre des périodes de dépression que l'ensemble de la population.
En moyenne,
●
en service de neurologie) selon les études (prévalence)
40% des Malades de Parkinson sont dépressifs, de 8% à 70% (diagnostic●
(Baronti) (incidence).
50 à 70% des malades parkinsoniens développeront une dépression9Dans certains cas, la dépression précède les premiers signes neurologiques,
10dans 5 à 10% des cas ou même 30% des cas selon les auteurs.
1125% des malades parkinsoniens recevraient un traitement antidépresseur.
6 Troubles psychiques dans la Maladie de Parkinson, Pollak P., Rev Neurol (Paris) 2002 ; 158
: 5, 7S125-7S131
7 d'après les conclusions du congrès de 2003 de National Institute of Neurological Diseases
and Stroke (NINDS) avec la participation du National Institute of Mental Health (NIMH)
8 Conférence de Consensus de l'Agence Nationale d'Accréditation et d'Evaluation en Santé
2000
9 Le traitement de la dépression dans la maladie de Parkinson. Mallet L.., Allart E.,
Pharmactuel 2004 ; 37 : 2 ; 83-89
10Parkinson : une maladie neuropsychiatrique ? Houeto JL., Durif F. Neurologies 2003 : 6
11Dépression et Maladie de Parkinson : étude d'une série de 135 parkinsoniens. A. Anguenot,
P.Y. Loll, J.P. Neau, P. Ingrand, R. Gil Can. J. Neurol. Sci. 2002 ; 29 : 139-146
Docteur Laurence AUTRET 11
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
6 Quelles sont les influences d'une maladie sur
l'autre ?
6.1 La dépression aggrave-t-elle la Maladie de
Parkinson ?
La présence d'une dépression n'influence pas l'intensité des signes physiques
de la Maladie de Parkinson.
Dépression et troubles intellectuels de la MP s'aggravent mutuellement.
6.2 L'évolution de la Maladie de Parkinson aggrave-telle
la dépression ?
Les phases on-off de la MP ont une influence : en période
plus dépressive et il peut y avoir des crises d'angoisse ; en phase -on, on peut
observer un « virage » de l'humeur vers une certaine euphorie.
L'intensité de la dépression ne semble pas liée à l'intensité du handicap
observable.
L'amélioration par le traitement médical ou chirurgical des symptômes
parkinsoniens n'améliorent pas l'humeur dépressive en général.
-off, l'humeur est6.3 Certains aspects de la Maladie de Parkinson
augmentent-ils le risque de développer une dépression ?
Nous avons vu plus haut que le fait d'être atteint de Parkinson est un facteur
de risque supplémentaire de faire une dépression par rapport au risque en
population générale et pour le même âge. Le fait que les dysfonctionnements
cérébraux des deux maladies présentent des similitudes offre des pistes de
recherches pour savoir comment les phénomènes interagissent.
Malheureusement, le fonctionnement du cerveau est si complexe que les
résultats ne sont pas encore satisfaisants.
Certaines particularités de la Maladie de Parkinson seraient associées à un
risque plus élevé de dépression, mais les résultats des études sont
controversés :
●
●
●
●
●
l'humeur du noyau subthalamique gauche)
prédominance des signes à droite (peut être rôle dans la régulation de●
Docteur Laurence AUTRET 12
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
Certains facteurs de risques sont propres à la personne : sexe féminin, nonacceptation
de la maladie ou méconnaissance.
En revanche, aucun lien direct n'a été établi entre le stade de la Maladie de
Parkinson, sa durée et l'apparition de la dépression.
7 Le traitement de la dépression chez le malade
parkinsonien
Un épisode dépressif ne se soigne pas par la seule bonne volonté : quand il y a
dépression, d'authentiques modifications de l'état cérébral se produisent, à
l'instar d'une maladie neurologique. Outre les facteurs psychologiques, qui
sont très importants, il est nécessaire d'aider le cerveau à rétablir un
fonctionnement neurobiologique normal, d'où l'intérêt des médicaments.
Les symptômes neuropsychiatriques sont des déterminants importants de la
qualité de vie des patients, de la progression des maladies en général, et du
stress des aidants. Leur traitement est aussi important dans la Maladie de
Parkinson que celui des troubles moteurs.
127.1 Les médicaments antidépresseurs
Il n'y a
qu'un grand nombre de Parkinsoniens souffrent de dépression, les études sur
l'usage des antidépresseurs sont rares et peu concluantes, pour savoir si
certains seraient plus adaptés que d'autres. Le choix de la molécule se fera
donc en fonction des maladies associées, contre-indications et interactions
possibles avec les autres médicaments.
Notons que globalement, la Maladie de Parkinson ne contre-indique pas
l'usage des médicaments psychotropes. Seules les molécules pouvant bloquer
le système dopaminergique sont à éviter, ou à utiliser avec précaution
lorsqu'elles s'avèrent indispensables (cas des neuroleptiques et certains
autres antipsychotiques).
En ce qui concerne les antidépresseurs, tous sont en théorie utilisables chez le
malade parkinsonien, mais on dispose de très peu d'études permettant de
définir la meilleure prescription en pratique, ou pour connaître leur efficacité,
ou encore la façon dont ils sont supportés.
Tous sont envisageables, mais pour un patient en particulier, tous ne seront
pas
pas d'antidépresseur spécifique dans la Maladie de Parkinson. Bienpossibles :●
12Troubles psychiques dans la Maladie de Parkinson, Pollak P., Rev Neurol (Paris) 2002 ;
158 : 5, 7S125-7S131
Docteur Laurence AUTRET 13
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
traitements autres, qui contre-indiquent leur usage.
●
vont majorer les effets secondaires que les médicaments
●
chez les sujets âgés (dérèglements métaboliques, risque de chutes).
Il existe plusieurs
soit parce que l'utilisation de certaines molécules doit être prudentefamilles d'antidépresseurs :●
➢
les Parkinsoniens.
Ce sont de nos jours les antidépresseurs les plus utilisés, y compris chez➢
trouve des études contradictoires sur leur efficacité, dues à des
➢
molécules a pu être observée, mais les données sont là encore
contradictoires.
Une exacerbation des symptômes parkinsoniens à l'introduction de ces➢
troubles du sommeil tels que cauchemars, avec agitation motrice.
Il peut aussi apparaître chez le malade parkinsonien une majoration des➢
médicaments chez un sujet indemne de Maladie de Parkinson : des
tremblements, une rigidité, une asthénie, une transpiration excessive,
des nausées, des troubles moteurs ou une akathisie, autant de signes
dont souffre déjà le Parkinsonien et dont on peut comprendre que leur
présence sur la notice du médicament fasse hésiter à le prendre...
A noter, parmi les effets secondaires possibles de cette famille de➢
raison d'un risque d'interaction médicamenteuse exceptionnel mais
grave (syndrome sérotoninergique).
Ils sont à éviter en cas de traitement concomitant avec un IMAO en●
➢
noradrénaline.
Ils agissent en bloquant la recapture présynaptique de sérotonine et de➢
responsables d'effets secondaires, notamment anticholinergiques et
cardio-vasculaires.
Cependant ils sont peu ciblés et bloquent aussi d'autres récepteurs,➢
antiparkinsoniens. Ce sont néanmoins des médicaments efficaces et qui
Ils peuvent ainsi accentuer les effets indésirables des médicaments13Certaines molécules dites anticholinergiques, le plus souvent atropiniques, muscariniques,
inhibent les effets de l'acétylcholines dans le système neuronal parasympathique et
provoquent : sécheresse des muqueuses, troubles de la vue (accommodation), dilatation
des pupilles (mydriase), constipation, rétention urinaire, augmentation de la fréquence
cardiaque, peau rouge et chaude, hyperthermie, élévation de la pression intraoculaire
(glaucome aigu par fermeture de l'angle), agitation, confusion, délire, hallucinations.
14Le traitement de la dépression dans la maladie de Parkinson. Mallet L., Allart E.,
Pharmactuel 2004 ; 37 : 2 ; 83-89
Docteur Laurence AUTRET 14
Dépression et Maladie de Parkinson 23 septembre 2006
trouvent leur indication chez un sujet jeune en début de maladie par
exemple. Les effets anticholinergiques peuvent même être recherchés
dans certains cas pour lutter contre l'hypersialorrhée (trop de salive),
l'impériosité mictionnelle (besoin fréquent et pressant d'uriner),
améliorer le sommeil.
➢
dopamine ne doivent pas être utilisées (par ex amoxapine – DEFANIL).
Parmi eux, les molécules réputées bloquer les récepteurs de la●
étudiées. Elles semblent néanmoins intéressantes à utiliser (tianeptine,
mianserine, IRSNA)
Tous les antidépresseurs ont un
être efficaces sur la dépression et le risque de récidive, ils doivent être pris
pendant
mieux que l'on est guéri : il y a une convalescence nécessaire. Après une
dépression, on ne refait pas « tout comme avant » tout de suite.
Chaque personne a une
qu'il faille essayer plusieurs antidépresseurs avant de trouver celui qui sera le
plus efficace et le mieux toléré.
Dans certains cas particuliers, on n'utilisera pas les médicaments mais
l'Electro-Convulsivo-Thérapie (sismothérapie ou « électrochocs »), permettant
à la fois l'amélioration des signes dépressifs et des signes parkinsoniens. Son
usage reste limité car difficile (anesthésie générale), pouvant provoquer des
états confusionnels. De plus, l'effet ne dure que quelques semaines.
D'autres médicaments, comme les anxiolytiques, peuvent être utiles contre les
troubles du sommeil et les troubles anxieux. Cependant le malade
parkinsonien est très sensible aux effets secondaires de ces médicaments :
effets sur l'équilibre, sédation, majoration des phénomènes hallucinatoires et
des cauchemars. Lorsqu'ils sont nécessaires, les molécules à durée de vie
longue offriraient une meilleure tolérance, et doivent être utilisées à petites
doses.
D'autres familles d'antidépresseurs existent, mais elles n'ont pas étédélai d'action de plusieurs semaines et pourplusieurs mois, voire des années. Ce n'est pas parce que ça vasensibilité individuelle aux médicaments, il arrive7.2 Les traitements antiparkinsoniens
Les médicaments de la Maladie de Parkinson ont pu montrer un effet sur les
symptômes dépressifs : L-Dopa (action dépressogène par un effet de
compétition sur les récepteurs ou à l'inverse antidépressive, contre
l'anesthésie affective et le retrait), IMAO-B, associations IMAO-ICOMT,
pramipexole (SIFROL), en particulier à un stade précoce de la maladie.
Bien qu'il n'y ait pas de preuve qu'une amélioration des conditions de vie ait
une influence sur la dépression, équilibrer le traitement antiparkinsonien et
soul