Evolution intracerebrale de la maladie de Parkinson.

EVOLUTION
INTRACEREBRALE

De
la MALADIE de PARKINSON

La
THEORIE de H. BRAAK
*

Depuis quelques années, 1996 exac­te­ment, H. Braak et son équipe de l’ Insti­tute
for Clinical Neuroa­na­tomy de Franc­fort en Alle­magne a émis une hypo­thèse
concer­nant l’évolution de l’atteinte intra­cé­ré­brale de la Maladie de Parkinson.

Progres­si­ve­ment étayée par de nombreuses obser­va­tions des cher­cheurs du monde entier,
cette hypo­thèse prévaut large­ment dans l’explication de l’étiopathogénie de cette maladie et est élevée main­te­nant au rang de « théorie » avec six stades d’évolution.
  Elle est à la base de la compré­hen­sion de l’extension progres­sive intra­cé­ré­brale de la MP.

La maladie démarre tout douce­ment et s’étend de façon très lente et progres­sive, attei­gnant peu à peu diverses zones qui ont une parti­cu­la­rité en commun : celles d’être faites de neurones à axones longs, fins et peu ou pas myéli­nisés.

Seuls ces neurones et ces zones sont atteints dans la MP par les fameux corps de Lewy, ces agré­ga­tions de protéines intra­cel­lu­laires consti­tuées prin­ci­pa­le­ment de l’une d’entre elles appelée l’alpha-synucléine.

Premier stade

En premier sont atteints  le bulbe olfactif (ce qui explique les fréquents problèmes de perte partielle ou totale de l’odorat très préa­lables aux symp­tômes moteurs)

  1. le noyau dorsal du nerf vague, notre X° paire de nerf crânien.
Le nerf vague est un nerf très parti­cu­lier, un complexe à lui tout seul, dont le neuro­trans­met­teur est l’acétyl­cho­line.

Ce nerf est à la fois moteur, sensitif, senso­riel et végé­tatif, puisqu’il régule encore de façon auto­nome le fonc­tion­ne­ment de bon nombre de nos régu­la­tions vitales et de nos viscères, sans notre comman­de­ment conscient, au niveau thora­cique et abdo­minal : Régu­la­tion tension­nelle, rythme cardiaque, respi­ra­tion, reins et surré­nales (qui sécrètent l’adrénaline), phona­tion, thyroïde, pancréas, intestin.…Tout cela dépend de lui.

Cette atteinte explique de nombreux signes non moteurs de notre maladie, en parti­cu­lier les problèmes d’hypotension et de certains troubles du rythme cardiaque, les anoma­lies de la voix et de la déglu­ti­tion, la consti­pa­tion… et très proba­ble­ment aussi une grande partie de la fatigue anor­male et chro­nique que nous ressen­tons.

Deuxième stade

Le deuxième stade évolutif voit

  1. l’extension de l’atteinte du nerf vague, ainsi que de zones situées légè­re­ment
    au-​​dessus,
  2. le Locus Cœru­leus (noyau bleu),
  3. les noyaux du raphé infé­rieur et
  4. d’une partie de la forma­tion réti­culée magnocellulaire

Le  Locus Cœru­leus, dont la neuro­trans­mis­sion se fait par la nora­dré­na­line, est lui aussi un monde complexe puisqu’il contribue aux fonc­tions cogni­tives, d’éveil, d’initiation et de main­tien du compor­te­ment : c’est encore lui qui, en état d’éveil, module le réveil et le trai­te­ment des infor­ma­tions senso­rielles et parti­cipe à de très nombreux processus dans le main­tien de l’attention, des circuits de mémo­ri­sa­tion et d’une fonc­tion majeure, celle de l’adaptabilité céré­brale aux varia­tions des condi­tions de vie, plus commu­né­ment appelé le «stress ».

Son dysfonc­tion­ne­ment implique une grande variété de troubles psycho­pa­tho­lo­giques,
troubles de l’attention, de la mémoire, du sommeil et de l’état de veille, de l’affectivité ainsi que de la régu­la­tion adap­ta­tive ou stress.

Le pour­cen­tage des neurones nora­dr­éner­giques du Locus Cœru­leus détruits dans la Maladie de Parkinson est plus élevé que celui des neurones dopa­mi­ner­giques du Locus Niger.

Les autres zones atteintes dans ce stade ont, quant à elles, un rôle très impor­tant dans la régu­la­tion des signaux sensi­tifs venus de nos viscères et des signaux moteurs qui s’y rendent, permet­tant ainsi d’adapter l’action des neurones moteurs de l’organisme à chaque situa­tion les prépa­rant à l’action. De nouveau se retrouve là, encore et toujours, la régu­la­tion adap­ta­tive de notre orga­nisme aux facteurs dits de stress.


Troi­sième stade

Ce stade voit l’atteinte et la destruc­tion neuro­nale massive de nouvelles zones, toujours sus-​​jacentes, dont

  1. l’amygdale,
    prin­ci­pa­le­ment dans sa partie centrale,
  2. plusieurs ganglions magno­cel­lu­laires choli­ner­giques dont le ganglion de Meynert
  3. et d’une partie appelée la pars compacta du Locus Niger.

Le noyau central de l’amygdale entre­tient des connec­tions directes avec plusieurs systèmes de neuro­mo­du­la­teurs, parti­ci­pant ainsi à l’éveil émotionnel loca­lisé et la régu­la­tion compor­te­men­tale.

Son rôle est impor­tant dans toutes les mani­fes­ta­tions de la peur condi­tionnée en parti­cu­lier ce qui concerne l’inhibition de l’action2* (quand la fuite ou la lutte nous appa­raissent impos­sible, la soumis­sion et l’acceptation du statu quo demeurent alors bien souvent la dernière alter­na­tive pour assurer sa survie), les réponses du système nerveux végé­tatif (voir le nerf vague), la suppres­sion de la douleur, la sécré­tion des neuro­hor­mones du stress et enfin dans la poten­tia­li­sa­tion des réflexes.

Il a par ailleurs été montré qu’il exis­tait aussi une atteinte des neurones du noyau baso­la­téral de l’amygdale et que la propor­tion de neurones conte­nant des corps de Loewy était presque doublée dans les cas de MP avec hallu­ci­na­tions visuelles, suggé­rant que le dysfonc­tion­ne­ment de cette zone contri­bue­rait plus parti­cu­liè­re­ment à ces anoma­lies cliniques.

Le ganglion de Meynert, groupe cellu­laire four­nis­sant la majeure inner­va­tion
choli­ner­gique
pour le cortex céré­bral et l’amygdale, joue appa­rem­ment un rôle majeur dans les fonc­tions céré­brales rele­vant des émotions et dans l’éveil cortical.

Le Locus Niger dans sa pars compacta comporte des neurones dopa­mi­ner­giques, atteints puis détruits dans la maladie de Parkinson ce qui entraîne la pertur­ba­tion des influx avec le striatum.

En rela­tion avec d’autres struc­tures du système nerveux central, la voie nigros­tria­tale est impli­quée dans la régu­la­tion de la phase de prépa­ra­tion et de la phase d’exécution de la succes­sion d’actions motrices plani­fiées des mouve­ments volon­taires ainsi que dans la régu­la­tion des mouve­ments invo­lon­taires.

L’activation énergé­tique est un méca­nisme de base sous-​​tendu par les systèmes dopa­mi­ner­gique de la pars compacta du Locus Niger et choli­ner­gique du Noyau de Meynert.

Diag­nostic MP

C’est vrai­sem­bla­ble­ment à ce niveau, entre les stades 3 et 4, que l’aggravation des atteintes entraî­nant des symp­tômes plus nets fait passer la personne atteinte du stade moteur pré clinique au stade clinique.


QUATRIEME STADE

Ce stade est celui de l’atteinte du cortex temporal anté­ro­mé­dian, zone impli­quée dans le trans­fert des données des aires asso­cia­tives senso­rielles au cortex préfrontal via les entrées du système limbique.

Le néocortex est spécia­lisé dans l’analyse précise des infor­ma­tions senso­rielles venant des yeux, des oreilles et de la peau. La coopé­ra­tion entre le néocortex et les centres limbiques permet de traiter ces infor­ma­tions de façon sélec­tive.


CINQUIEME ET SIXIEME STADES

Ces stades voient l’extension maxi­male des processus neuro­dé­gé­né­ra­tifs avec une substance noire devenue pâle, sans mélano neurone.

Du meso­cortex temporal, les lésions atteignent le néocortex dans son ensemble, d’abord dans les aires asso­cia­tives senso­rielles préfron­tales puis pré motrices et enfin dans les aires primaires.

L’atteinte du système auto­nome, limbique et soma­to­mo­teur est majeure.


Texte
écrit par Anne FROBERT, 14 avril 2005

**)le système inhi­bi­teur de l’action (SIA) (ou « Beha­vioral Inhi­bi­tory System » (BIS) en anglais) a été mis en évidence par Henri Laborit au début des années 1970. Il est associé au système septo-​​hippocampal, à l’amygdale et aux noyaux de la base. Il reçoit des inputs du cortex préfrontal et envoie ses outputs à travers les fibres nora­dr­éner­giques du locus Cœru­leus et par les fibres séro­to­ni­ner­giques du raphé médian. Certains recon­naissent d’ailleurs un rôle majeur à la séro­to­nine dans ce système. C’est l’étude des consé­quences patho­lo­giques de cette inhi­bi­tion de l’action qui a permis de comprendre à quel point un stress chro­nique peut devenir destruc­teur pour l’être humain.

(*)Profes­sors H. et E. Braak

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